Un artisan qui cherche une agence web se heurte à un problème simple : il n'a aucun moyen de juger la compétence technique de son interlocuteur. Personne ne va lire le code d'un site avant de le commander. La bonne nouvelle, c'est que ce n'est pas nécessaire : sept critères suffisent, tous vérifiables avant de signer, et aucun ne demande de connaissance technique.
Le premier pèse plus lourd que les six autres réunis : à qui appartiennent le site, le nom de domaine et les accès à la fin du contrat ? Une réponse floue sur ce point disqualifie une agence, quelle que soit la beauté de ses maquettes. Voici les sept, dans l'ordre où je vous conseille de les poser.
1. La propriété : le seul critère qui peut vous coûter votre site
C'est le point le plus coûteux, et il ne se voit jamais dans le prix affiché. Certaines offres à très faible mensualité, sans frais de création, ne vous vendent pas un site : elles vous le louent. Vous payez pendant trois ou quatre ans, et le jour où vous partez, il ne vous reste rien — ni les pages, ni les photos, ni l'adresse.
Trois questions règlent le sujet. Le nom de domaine est-il déposé à mon nom, avec mon entreprise comme contact propriétaire ? Est-ce que je reçois les accès à l'hébergement et aux fichiers du site ? Si j'arrête demain, qu'est-ce que je récupère exactement, sous quel format et sous quel délai ?
Les réponses doivent être écrites dans le devis ou le contrat, pas données au téléphone. Un domaine enregistré au nom de l'agence est le blocage classique : sans lui, vous ne pouvez ni déménager votre site, ni conserver vos adresses email, ni garder le référencement que vous avez mis des mois à construire. Le prestataire n'a même pas besoin d'être malhonnête pour que la situation vous coûte cher : il lui suffit d'être lent, ou de fermer.
Cette clause et les autres pièges de contrat sont détaillés dans mon article sur les cinq pièges à éviter avant de signer. Si une agence hésite à répondre par écrit sur la propriété, vous pouvez arrêter l'entretien là : les six critères suivants ne rattraperont pas celui-ci.
2. Le devis : un prix ferme, pas une fourchette
Un devis sérieux annonce un montant, pas une plage. « Entre 1 500 et 4 000 € selon vos besoins » n'est pas un devis : c'est une invitation à découvrir les suppléments en cours de route. Une agence qui a pris le temps de comprendre votre métier, vos prestations et votre zone sait chiffrer le travail avant de commencer.
Ce qui doit figurer noir sur blanc : le nombre de pages, qui rédige les textes, qui fournit les photos et sous quelle licence, ce que recouvre exactement le référencement livré, le délai de mise en ligne, le nombre de retours inclus, et le tarif horaire des interventions après la livraison. Un devis d'une ligne — « création site internet » — n'engage personne.
Posez ensuite la question qui fait la différence : qu'est-ce qui déclenche un supplément ? Une page ajoutée, une refonte de texte, l'intégration d'un formulaire particulier, une photo retouchée ? Vous n'avez pas besoin de connaître les prix du marché pour repérer une agence qui esquive : si les conditions du surcoût ne sont pas énonçables en deux phrases, elles seront discutables plus tard, et rarement en votre faveur.
Sur les montants eux-mêmes, méfiez-vous des deux extrêmes. Un prix anormalement bas s'accompagne presque toujours d'un engagement long, et un prix très élevé n'achète pas mécaniquement un meilleur résultat. Les écarts constatés et ce qui les explique sont détaillés dans combien coûte un site internet pour un artisan.
3 et 4. Des sites réellement en ligne, et ce qui se passe après
Demandez des adresses, pas des captures d'écran. Une maquette prouve qu'on sait dessiner ; un site en production prouve qu'on sait livrer, tenir un délai et faire fonctionner un formulaire. Ouvrez trois ou quatre réalisations, vraiment, depuis votre téléphone — pas depuis un PDF de présentation.
Cherchez des métiers proches du vôtre, ou au moins des métiers de terrain. Un site de restaurant ne dit pas grand-chose de la capacité à traiter des zones d'intervention, un catalogue de prestations techniques ou une galerie de chantiers. Regardez si les réalisations montrées ont un contenu vivant ou si ce sont des coquilles de trois pages toutes bâties sur le même moule.
Le quatrième critère est le plus souvent oublié, parce qu'il concerne un moment où l'euphorie du lancement est retombée : l'après. Un site n'est pas un objet fini, c'est une installation qui vit. Qui l'héberge ? Que coûte une correction de texte, et sous quel délai ? Que se passe-t-il s'il tombe un vendredi soir ? Est-on engagé sur une durée ? Les réponses possibles et leurs coûts réels sont comparés dans mon article sur l'hébergement et la maintenance d'un site.
Un dernier signe, très parlant : demandez à voir un site livré il y a deux ans. S'il est encore à jour, encore en ligne et encore utilisé par son propriétaire, l'agence sait accompagner. S'il a disparu ou affiche encore les horaires de 2024, vous savez à quoi ressemblera le vôtre en 2028.
5. Le SEO : ce qui se promet, et ce qui ne se promet pas
Une agence sérieuse s'engage sur ce qu'elle maîtrise : la structure des pages, les balises, les données structurées que Google lit pour comprendre votre activité, la vitesse d'affichage, le plan du site, la fiche Google Business Profile reliée au site, et des textes écrits à partir des recherches réelles de vos clients. Tout cela se livre, se montre et se vérifie le jour de la mise en ligne.
Ce qu'elle ne peut pas promettre, c'est une position. Personne ne contrôle l'algorithme de Google, ni ce que feront vos concurrents dans six mois. Sur une requête locale du type « métier + ville », un site neuf met généralement entre quatre et douze semaines à se placer, et le haut de la fourchette concerne les grandes agglomérations où la concurrence est dense. Une agence qui garantit la première place, ou un délai précis, ment : c'est le signal d'alarme le plus fiable du secteur.
La bonne question à poser n'est donc pas « serai-je premier ? » mais « sur quelles recherches précises comptez-vous me positionner, et pourquoi celles-là ? ». Une réponse solide cite des expressions concrètes, votre zone, et distingue ce qui se joue sur le site de ce qui se joue sur votre fiche Google et vos avis.
Vérifiez enfin si le référencement est inclus ou facturé à part sous forme d'accompagnement mensuel. Les deux modèles sont défendables ; ce qui ne l'est pas, c'est de livrer un site sans aucune structure SEO, puis de vendre la correction comme une prestation supplémentaire.
6 et 7. Vitesse, mobile, interlocuteur : ce que vous pouvez tester seul
Reprenez les réalisations de l'agence et ouvrez-les depuis votre téléphone, en données mobiles, hors du wifi : c'est la situation réelle de vos futurs clients. Un site qui met plus de trois secondes à afficher quelque chose perd une partie de ses visiteurs avant même d'exister. L'outil PageSpeed Insights de Google, gratuit et accessible à tous, chiffre le résultat en une minute.
Sur ce même écran, vérifiez trois choses : le numéro de téléphone est-il cliquable, le formulaire est-il utilisable au pouce, les textes sont-ils lisibles sans zoomer ? D'après ce que je constate sur les sites d'artisans que je suis, la très grande majorité des visites arrive du mobile — de l'ordre de sept ou huit sur dix. Une agence qui livre encore des sites pensés pour l'ordinateur travaille pour une minorité de vos clients.
Reste le septième critère, le plus humain : qui va faire le travail ? Qui rédige vos textes, qui répond quand vous appelez, en combien de temps ? La sous-traitance en cascade est fréquente : un commercial vend, un studio produit ailleurs, et vous n'avez plus personne à qui parler quand une correction traîne. Ce n'est pas illégitime en soi, mais vous devez le savoir avant, pas après.
Testez-le avant de signer, c'est gratuit : envoyez un email un mardi après-midi et regardez le délai de réponse, sa précision, et si votre interlocuteur est bien celui qui vous a parlé la première fois. Le comportement pendant la vente est le meilleur indicateur du comportement après.
Ce qu'il faut avoir vérifié, par écrit, avant de signer avec une agence web.
- Le domaine déposé à votre nomÉcrit dans le devis, avec votre entreprise comme contact propriétaire — pas promis oralement.
- Un prix ferme et détailléPages, textes, photos, délai, retours inclus, tarif horaire après livraison : tout est chiffré.
- Trois sites en ligne, ouverts sur votre téléphoneDes adresses consultables dans des métiers proches, pas des maquettes ni des captures.
- Le coût et le délai d'une retoucheChanger un horaire ou ajouter une prestation : combien, sous combien de temps, avec quel engagement.
- Aucune position garantie sur GoogleUne agence honnête s'engage sur la structure livrée, jamais sur un rang ni sur une date.
- Le nom de celui qui rédige et qui répondUn interlocuteur identifié, joignable, et un délai de réponse constaté avant la signature.
Ces sept critères ne changent pas selon le prestataire : agence, freelance ou plateforme en ligne, ce sont les mêmes questions ; seules les réponses diffèrent. Le comparatif des trois options se trouve dans WordPress, Wix ou agence. En revanche, ce que vous devez exiger en priorité dépend beaucoup de votre point de départ.
Être trouvé passe avant être beau
Votre priorité est la visibilité locale : une page par prestation, vos communes d'intervention, une fiche Google reliée au site et un moyen de vous joindre en un geste. Jugez l'agence sur ces éléments, pas sur son sens du graphisme.
Ce qui existe déjà a de la valeur
Vos anciennes adresses de pages, votre contenu déjà positionné et vos avis ne doivent pas disparaître dans la refonte. Demandez explicitement comment les redirections seront traitées : c'est le point sur lequel une refonte mal menée fait perdre du trafic.
Un projet d'une autre nature
Paiement, stocks, livraison, conditions générales de vente : la boutique ajoute des obligations qu'un site vitrine n'a pas. Vérifiez que l'agence en a déjà livré, et faites détailler qui gère les commandes et les mises à jour de catalogue.
Mes réponses à ces sept questions
Pour être clair sur mon propre cas : le nom de domaine est déposé à votre nom et vous repartez avec si vous partez ; la création démarre à 550 € HT, en paiement unique et sur devis ferme qui ne bouge plus une fois validé ; la livraison intervient en 14 jours ouvrés, SEO local et données structurées inclus. Après la mise en ligne, trois formules sans engagement — 0, 19 ou 49 € HT/mois — selon le suivi souhaité. Et je ne garantis aucune position sur Google, parce que personne ne le peut.
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