Un site internet pour tatoueur se heurte à une objection immédiate, et elle est légitime : « j'ai déjà Instagram, mes clients me trouvent là-bas ». C'est vrai. Votre compte est votre galerie, votre carnet de rendez-vous et votre bouche-à-oreille réunis. Il fonctionne.
Le problème n'est pas qu'il fonctionne mal. C'est qu'il ne vous appartient pas. Les comptes de tatoueurs sont signalés et restreints régulièrement, parce que le travail sur peau ressemble à ce que les filtres automatiques traquent. Le jour où le vôtre est suspendu, vos années de photos, vos messages en cours et vos rendez-vous partent avec, sans interlocuteur à qui écrire.
Un site ne remplace pas Instagram. Il vous donne un endroit que personne ne peut fermer, et il capte une clientèle qui ne vous cherche pas là où vous êtes.
Votre portfolio vit chez quelqu'un d'autre
Regardez ce que votre compte contient vraiment : cinq ou six ans de travail, classés par ordre chronologique inversé, sans possibilité de trier par style, par zone du corps ou par taille. Un client qui veut voir vos avant-bras en blackwork doit faire défiler trois cents publications. La plupart abandonnent avant.
Une galerie sur votre site règle ça en deux clics, avec des filtres que vous choisissez. Elle affiche aussi ce qu'Instagram gomme : la taille réelle, le temps de séance, le nombre de rendez-vous, l'état de la peau avant. Ce sont exactement les informations dont un client hésitant a besoin pour se décider, et elles n'entrent pas dans une légende de publication.
L'autre écart tient à la mémoire. Une publication vit trois jours puis disparaît sous les suivantes. Une page de style reste indexée et travaille pendant des années. C'est la différence entre louer un emplacement et posséder son local, et c'est le même raisonnement que pour une fiche Google Business : très utile, mais ce n'est pas chez vous.
Gardez Instagram pour ce qu'il fait le mieux, montrer votre travail au quotidien et entretenir votre communauté. Faites-en le canal, pas le coffre-fort.
Personne ne cherche « tatoueur », on cherche un style
C'est le point que presque tous les sites de tatoueurs ratent. Quelqu'un qui envisage sa première pièce ne tape pas « tatoueur » tout court : il tape « tatoueur réalisme noir et gris », « fine line », « tatoueur japonais », « blackwork », suivi du nom de sa ville. Il sait déjà ce qu'il veut, souvent mieux qu'il ne sait l'expliquer.
Ces recherches sont peu disputées, parce que la profession vit sur les réseaux et laisse le champ libre. Une page par style que vous pratiquez vraiment, avec vos propres pièces et une explication de ce que le style implique en séances et en cicatrisation, vous place sur une requête que vos confrères ignorent. La méthode générale est détaillée dans mon guide du SEO local pour artisans ; elle s'applique ici mot pour mot, en remplaçant la prestation par le style.
Deux sujets méritent leur page à part. Le cover-up d'abord : c'est la recherche la plus intense de tout le métier, parce que la personne qui la fait vit avec un regret quotidien. Elle veut savoir si son tatouage est recouvrable, ce que ça coûtera et à quoi ressemble le résultat. Trois photos avant-après et un texte honnête sur les limites du recouvrement valent tous les arguments.
La première pièce ensuite. Ce public a peur de la douleur, du regret, du prix, et n'ose pas poser ses questions. Une page qui répond calmement à tout ça convertit mieux que n'importe quelle galerie, et elle vous amène des clients qui arrivent détendus et préparés.
Si vous travaillez à plusieurs dans le même shop, donnez une page à chaque artiste. Vos clients cherchent un nom ou un pseudo, pas une enseigne, et un studio qui rassemble quatre univers sur une seule galerie n'en montre aucun clairement. Une page par artiste, avec son style, ses pièces et son propre formulaire, capte les recherches de nom et évite les demandes adressées au mauvais tatoueur.
Pensez enfin aux zones du corps. « Tatouage avant-bras », « tatouage cheville », « manchette » sont des entrées de recherche réelles, faciles à traiter, et qui recoupent naturellement vos photos.
Un formulaire de projet, à la place de la boîte de réception
Vous connaissez le rythme : quinze messages privés par jour, dont douze qui disent « combien pour un avant-bras ? » sans une taille, sans une référence, sans une date. Répondre prend une heure chaque soir et ne produit presque rien.
Un formulaire de projet inverse la charge. Le client fournit ce dont vous avez besoin avant que vous ne répondiez, et vous ne traitez que des demandes complètes. Ceux qui ne prennent pas cinq minutes pour le remplir ne seraient pas venus au rendez-vous non plus, et c'est très bien.
- La zone et la tailleen centimètres, avec une photo de l'emplacement : c'est ce qui détermine le nombre de séances, donc le prix
- Le style et les référencesdépôt d'images autorisé ; sans référence visuelle, l'échange tourne en rond pendant une semaine
- Un recouvrement ou une reprise ?avec photo de l'existant. Ça change tout au projet, et ça évite un rendez-vous perdu
- L'âge, et la majorité confirméeun mineur exige l'accord écrit d'un parent, que vous devrez pouvoir produire pendant trois ans
- Le budget et les disponibilitésune fourchette suffit. Elle vous évite de dessiner trois heures pour un projet hors d'atteinte
Reste la question de l'acompte, qui est la vraie protection de votre planning. Beaucoup de tatoueurs demandent une avance pour bloquer une date, déduite du prix final et perdue en cas d'absence. Écrivez la règle noir sur blanc sur la page de réservation : montant, ce qu'il couvre, délai de report accepté. Un client qui l'a lue avant de payer ne la conteste jamais après.
La logique est la même que pour la prise de rendez-vous d'un coiffeur, avec une différence de taille : chez vous, le rendez-vous se prépare. Le formulaire ne réserve pas un créneau, il ouvre une conversation qui aboutira à un créneau.
Parler du prix d'un tatouage sans publier un tarif
C'est la première question de tous vos clients et celle à laquelle vous n'avez aucune envie de répondre en message privé, parce qu'elle n'a pas de réponse hors contexte. Un avant-bras peut valoir deux cents euros ou trois mille selon la densité, le nombre de séances et l'état de la peau. Publier une grille reviendrait à mentir.
Ne publiez donc pas une grille, expliquez la méthode. Votre minimum de séance, votre façon de compter au-delà (à l'heure, à la journée, ou au forfait une fois le dessin arrêté), ce qui fait monter un projet, ce que couvre l'acompte et comment il se déduit. Un client comprend très bien qu'un prix dépende du travail, ce qu'il supporte mal, c'est de ne pas savoir comment le prix se construit.
Ajoutez si vous le pouvez des ordres de grandeur par format, du petit motif à la manchette complète, en précisant qu'il s'agit de fourchettes indicatives. Une fourchette engage beaucoup moins qu'un devis et filtre infiniment mieux que le silence : elle écarte d'elle-même les demandes dont le budget est à des kilomètres, sans que vous ayez à écrire un mot.
Cette page a un second effet, moins évident. « Prix tatouage » et ses variantes comptent parmi les recherches les plus courantes du métier, et presque aucun tatoueur n'y répond sérieusement en ligne. Vous ramassez donc un trafic très motivé pendant que vos confrères renvoient tout le monde vers leurs messages privés.
Les pages obligatoires que vous pouvez transformer en atout
La réglementation vous impose déjà des choses que vous faites oralement à chaque client. Avant l'acte, vous devez l'informer du caractère définitif du tatouage, de la douleur possible, des risques d'infection et d'allergie aux encres, des contre-indications liées à un traitement en cours, du temps de cicatrisation et des soins à respecter ensuite. Cette information doit être affichée dans le local et remise par écrit. Les règles complètes sont sur la fiche officielle du service public.
Autant en faire une page. Elle vous met en règle, elle rassure le client avant qu'il ne demande, et elle capte au passage des recherches très fréquentes du type « soin tatouage » ou « cicatrisation tatouage ». C'est souvent la page la plus consultée d'un site de tatoueur, parce que les clients y reviennent le lendemain de leur séance.
Dans le même esprit, affichez ce qui prouve votre sérieux : votre déclaration d'activité auprès de l'agence régionale de santé, votre formation à l'hygiène et à la salubrité, le matériel à usage unique, la traçabilité de vos encres. Ces éléments sont invisibles pour un client qui compare deux comptes Instagram, et ils sont décisifs pour ses parents, son conjoint ou lui-même s'il a déjà eu une mauvaise expérience.
Un mot enfin sur le droit à l'image, que la profession néglige beaucoup. Vos photos montrent le corps de personnes identifiables : publier suppose leur accord, et un accord écrit vaut mieux qu'un accord de vive voix un jour de séance. Prévoyez la case dans votre formulaire, précisez si le visage peut apparaître, et notez que l'accord peut être retiré. Votre formulaire collecte par ailleurs des données de santé quand vous posez des questions d'allergie ou de traitement, ce qui appelle un hébergement européen et une politique de confidentialité claire.
Combien ça coûte, en combien de temps
Chez moi, un site de tatoueur démarre à 550 € HT, en paiement unique sur devis ferme. Il est livré en 14 jours ouvrés, du brief à la mise en ligne. Sont compris : la galerie filtrable par style et par zone, les pages de style, la page cover-up, la page première pièce, le formulaire de projet avec dépôt d'images, la page soins et information légale, les mentions de droit à l'image, le référencement local et l'AEO. Ensuite, trois formules sans engagement (0, 19 ou 49 € HT/mois) selon le suivi souhaité. Le déroulé des deux semaines est détaillé dans délai de création d'un site internet, et les critères pour comparer les prestataires dans comment choisir une agence web.
Si votre travail est déjà bon, ce qui vous manque n'est pas un plus beau portfolio. C'est un endroit qui vous appartient, trié comme vos clients cherchent, et qui filtre les demandes avant qu'elles n'arrivent chez vous. La démarche est proche de celle d'un photographe : un métier d'image dont le site sert surtout à qualifier.
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